Week-end au jaune



 Sur le plateau normand, un bout de forêt en novembre.
De la vieillesse sous les pieds, de la mort accrochée au grillage, de l'or dans les lignes brisées. La bizarrerie de la vie, ni animale ni végétale, sur un tapis de pourri. 
Les petits trésors qu'on ignore.

De l'air piquant. Les doigts glacés sur le déclencheur, la quête commence.
Craquement et pépiement. Si je tend l'oreille, au loin le murmure d'une conversation. Connivence d'une mère et son fils.

Accroupie dans les feuilles, puis à demi allongée, j'admire le champignon. Un bruit étranger. Mon cœur loupe un battement. La silhouette d'un promeneur hors du chemin. Ha, il cherche son chien.
Chacun sa quête. 
Épousseter le pantalon, taper les semelles boueuses, réchauffer les mains rougies, souffler dans l'écharpe. Je suis maintenant à la traîne. Je courre un peu, pour les rattraper. A l'orée du bois, la lumière décroit. 
Ils m'attendent.
Derrière moi, le bout de forêt.
Une portion congrue de mystère et d'humus au milieu des champs.
A bientôt...



 






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Collection de feuilles [journal 9]



Je commence une collection. 
Une collection de feuilles, c'est de saison.
Pas des feuilles mortes, mais des feuilles de mort, de refus, des feuilles de non.

Je consigne soigneusement chaque lettre de refus qui accompagne le retour au bercail de mon premier manuscrit, lâché dans la nature depuis le printemps dernier. 
J'imprime aussi les mails, même ceux adressés à « monsieur ».

La démarche n'a rien de masochiste. Déplaisante certes.
Cependant, elle est la concrétisation d'un effort réel pour être publiée ; s'exposer aux regards et aux jugements de professionnels. Tous les auteurs édités dans le circuit classique ont affronté l'échec. Les refus. 
À la pelle.
Et si ce n'est pas vrai, laissez-moi mes illusions.
Merci.




Ces lettres qui s'empilent, autant de tentatives avortées, de lignes lancées en vain, ne pourraient-elle pas se transformer en piliers, en fondations ? 
Autant de courage et d'énergie pour jeter dans la grande piscine du monde des années de travail, de doutes, de corrections, d'émotions vives, d'espoir, et d'ambition aussi. Moins glorieux mais réel.
Ces tentatives n'aboutissent pas. 
Tant pis. 
En retour, je trouve des missives types à classer dans une chemise de carton.

Il me reste encore quelques pistes à explorer, même si, l'attente et les réponses négatives émoussent mon enthousiasme. Je sais ce que je dois faire. Ce que j'ai à faire. 
Continuer. Encore. 
Finir le second tome de ce projet trop grand, actuellement en relecture (merci aux lecteurs bénévoles !). Enfin, passer à autre chose.
Écrire toujours, cette fois avec une idée peut-être plus éditable.




Cette année, durant neufs mois, je me suis astreinte plus ou moins quotidiennement, à écrire une page dans un cahier selon un thème donné (exercice des 365 réels). À la louche 100 à 200 mots, parfois inspirés, sauvages et fluides, parfois laborieux, tressautant du bout de doigts vindicatifs.

Bilan : échec total de me plier à une discipline. Tous les livres de méthode le clament : avec l'habitude, le rituel, vient l'envie, le besoin d'écrire. Le corps et l'esprit se plient.
Pour moi, tintin ! 

Revêche ou juste fantasque jusqu'à l'os, l'écriture au jour le jour n'a rien suscité d'autre qu'une tension, de la déception pour les nombreux ratés, de la pression parfois insupportable et un vague contentement lors des séances de rattrapage.
J'ai rempli un cahier de mes pattes de mouches piqués de fautes exotiques. J'ai rempli mon cœur de la satisfaction d'avoir tenu jusqu'en octobre où j'ai suivi, avec une assiduité malléable le défi de dessin inktober (visibles sur mon compte instagram).




Novembre s'installe.
J'achève l'épilogue du second tome de la trilogie « Écharpe d'Iris ».
Toujours pas publication prévue pour le tome un.
Toujours pas de sentiment de légitimé, d'être une professionnelle.
Toujours un chaos dans ma tête, sur mon bureau.
Je continue.

Au moins, les missives indiquant en termes politiquement corrects que mon roman ne correspond pas à la ligne éditoriale de la maison ne s'amoncellent plus comme les feuilles de mes arbustes dans la cours. Je les ai rangé. 
En vrac. Pas classé. Faut pas exagérer non plus. 

Un nouveau projet germe. C'est la saison propice aux plantations des arbres. Je prépare le terreaux, la bêche et pelle.


Me voilà de nouveau au travail.


 
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Dans le train & dans le sac [inktober #02 & #03]


Tu prends un train.
 Te voilà arrivé au Fushimi Inari, 
le sanctuaire aux dix mille torii.





Dans ton sac, 
un thermos d'eau glacée, deux onigiri à la prune salée et aux algues,
 ton appareil photo, 
ton carnet de voyage, 
où tu consignes anecdotes et impressions et où parfois tu griffonnes un croquis, 
quelques stylos et crayons à mine de plomb,
 une petite serviette éponge avec brodée une adorable créature issue d'un dessin-animé de Miyazaki, 
ta carte de transport valable sur les lignes de la JR
 et bien sûr le passeport avec ta trombine austère.








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C'est partie pour un mois de gribouille d'inspiration Japon [Inktober #01]


Comme l'an passé, je me prête pour ce mois d'octobre à l’exercice créatif d'Inktober pour la deuxième fois. Je me suis fixé un objectif simple : illustrer ma nouvelle Inari parue dans le recueil Malpertuis VIII.


J'ai pris un cahier tout petit, pour ne pas avoir beaucoup d'espace à remplir. Si je suis inspirée et motivée, je pourrais toujours faire plusieurs dessins. J'ai aussi décidé de faire une mise en couleur de type aquarelle avec mes encres pour le sumi-e. Comme elles sont au nombre de six (plus un doré et un argenté), je ne risque pas de me perdre dans une palette infini.

Je vais tâcher de mettre mon avancée ici, mais vous pouvez aussi me suivre sur instagram pour voir les versions avant mise en couleur.



  
Tu ne raconteras pas cette rencontre.
Ou peut-être, un jour, au crépuscule de ta vie, soudain tu auras l'irrépressible besoin de partager ta vision.



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Arles : souvenirs de chats, de fissures et d'odeur de pierres chaudes



Parce que je n'ai pas trop envie de parler de septembre, des attentes et des frustrations, parce que je n'ai pas encore la motivation pour effectuer la « rentrée » je prolonge un peu la langueur des vacances. 

Voici quelques photos de la ville d'Arles, où se tient ses Rencontres photographiques de grande qualité. Entre les expositions, sous un soleil de plomb et un thermomètre flirtant avec le quarante, j'ai glané quelques impressions urbaines.  






La lumière rouleau compresseur, la sueur dans le dos, la peau qui grille.
Les ocres chauffés à blancs.
Succulentes au paradis et leur copines défraichies. 
Répandu à l'ombre, un chat. 

Un autre, en planque dans les ténèbres, guette le voyageur égaré dans les ruelles piétonnes.

Pas de répit. 
Sols brulants. 
Mûrs brulants.




Ciel Klein qui crame les yeux. 
Plus ouverts. 
 

Plus lucides. 

Emplis de merveilles.





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Passer l'été [Journal #8 ]



Dernier article du blog avant une pause estivale.
Je vous souhaite à tous un joli mois d'août, et on se retrouve à la rentrée !
En attendant, vous pouvez aussi retrouver mes photos parfois saupoudrées d'un haïku sur Instagram




Dimanche 23 juillet.

Les six derniers mois de 2017 condensent échecs, déceptions, révélations nauséeuses. Six mois dans la fiente familiale, dans le désarrois, à se débattre pour avancer. Bouger. Partir. Ne pas rester là, engluée dans la pénombre, au contact intrusif d'autrui. Fuir.
L'univers en a décidé autrement.
Entre la merde parentale que je pelte depuis mon enfance, avec ignorance et déni certain, et mes désirs d'émancipations contrariés, mes envies de légèreté clouées au sol, j'ai l'impression d'étouffer, de croupir. De me noyer dans les excréments des autres. Raz le bol. Mare, mare, mare.
Grosse colère et grande déprime.
Le printemps humide a laissé la place à une mousson violente. Tout laver. Nettoyer par le vide. Laisser l'eau emporter sel et déjections.
Loin d'ici. Loin de moi.

Passer l'été, comme pour les personnages d'un roman d'Olivier Adam.
Passer l'été pour terminer vivant.
Après plusieurs déceptions, constater que la fuite est impossible. Un leurre.
Pour l'instant, et probablement pour cette année, pas de déménagement. Mes aventures immobilières commencées en février, en réponse aux injonctions dévorantes de ma mère, tiennent du burlesque dans leur malchance à répétition. Une mouise telle que même les professionnels du métier n'en reviennent pas. Deux vendeuses qui se désistent juste avant la signature du compromis. La première, pas de regret. Une personne sans honneur ni parole pour un bien qui rétrospectivement avait de nombreux défauts.
Pour la seconde, les raisons de son revirement sont hallucinantes : rattrapage en force du principe de réalité et pétage de plomb. Beaucoup de malchance et surtout de tristesse. Nous avions eu un vrai coup de cœur pour cette maison. L'endroit où tu te dis « c'est pour nous » avec une vendeuse adorable. Fragile. Trop fragile. Dans un fantasme de changement de vie qui lui a explosé à la figure. Dépression. Rétractation.
Et on s'est aussi pris du shrapnel dans la tronche. Hébété, on se retrouve sans nouveau foyer.

Dans ma tête, ça a sauté.
Court-jus. Stop.
Foutez-moi tous la paix. Laissez-moi tranquillement panser mes plaies et me repaitre un peu de ma douleur, au fond de ma grotte.

Pas longtemps, le temps de faire le vide.
Remettre les compteurs à zéro.
Passer l'été.
Survivre aux six premiers mois de l'année. Constater que oui, je suis toujours en vie.
Ça a pété le 24 janvier. Alors je m'accorde jusqu'à 24 juillet.
Ou peut-être jusqu'au début août
Ou même jusqu'au début septembre. Quelques jours aux rencontres photographiques d'Arles, puis un voyage au Canada. Un autre continent.

Passer l'été. Laisser s'entasser les refus de mon manuscrit et terminer le second tome alors que le premier ne semble pas trouver grâces auprès des éditeurs.
Passer l'été. Les rues calme de la capitale, la température en yoyo d'une planète avec le hoquet. Les envies, les angoisses. Se dire qu'août sera une parenthèse et qu'en septembre, on reprendra le combat.

Passer l'été.





Lundi 31 juillet


La semaine suivant ce texte, j'ai expérimenté qu'il faut d'abord lâcher prise, abandonner ce qui coince, pour qu'une situation se débloque.
Lâcher prise, et l’imprévu s'invite, sans effort.
D'autres possibilités, d'autres chemins, bordés de confiance et d'espoir.

Je laisser passer l'été, sans combat ni débat.
En septembre, je verrai où la vie me mène.






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Fragment d'hanami à Kyoto [jeu d'écriture]



Agnès a des antennes.

Voici la second fois qu'elle jette ses dés de mot en un exercice d'écriture ludique et amusant. Le jeu tombe à pic alors que je traverse une période de panne sèche. Pour participer, il suffit de commenter sur son blog :

Le tirage est le suivant :
- Le halo de la lune
- Tituber
- Pétale de rose
J'ai tout de suite repensé à une soirée particulière, lors de mon séjour à Kyoto, l'an passé. Comme je vous ai peu parler ici de ce merveilleux voyage, en voici un fragment.





Dans les allées du jardin botanique, le crépuscule tend sa toile vive, depuis le sol au ciel trop bleu. Une vibration presque douloureuse.
Ils sont là, pour la parade, nimbés d'une neige douce, dans la chaleur d'un soir de printemps.
Ils sont là pour être admirés, cajolés de regards ébaubis, effleurés du bout d'un index timide, flattés pour leur houppe et leur magie diffuse.

L'occasion mérite notre attention.
Bâches bleues et alcool translucide. Vêtements de soie. Motifs ancestraux. Costumes fripés par une journée de labeur. Uniformes scolaires parfumés de sueur. Pousser la bicyclette. Se rendre à la fête.
Pique-niques organisés au cordeau ou bentos choisis à la va-vite au konbini du coin. 
La nuit appartient au jardin.
Nous ne sommes que des invités de passage, à profiter de leur présence.

Le temps ne se compte pas pareil pour les arbres et les hommes.
Tordus, vieillis, parfois malades, leur charme impressionne encore plus la foule dans son hommage unanime.

La présence de centaines d'espèces d'une foison de forme, de fragrances hésitantes, de tailles et de textures, de droiture et de courbes noueuses, rappelle nos différences. 
Vieillis, parfois malade, leur charme vénérable impressionne encore plus la foule dans son hommage unanime.

Alors, nous déambulons, tantôt dans les allées, tantôt sur les pelouse.
Nous buvons dans des gobelets de plastiques à leur santé. Grignotons une boulette de riz. Toujours, le nez en l'air, à observer les frémissements des pétales.

Demain ou après-demain, peut-être, le temps tournera à la pluie. Leur fière allure s'évanouira en une autre pluie, moins drue, sèche et voletante. Comme sa jumelle d'eau, elle termina sa vie dans le caniveau, à la surface des étangs et canaux, avant de sombrer lentement. Un tapis blanc maculant sable, herbe et bitume.

Et, l'an prochain, de jour, comme de nuit, se presseront les humains, ivre du spectacle éphémère d'hanami.



Accords de l'astre et l’électricité
Tant que dure le chant des cerisiers
Nuit d'avril ignorée










Pour les curieux, ma première participation :  http://etang-de-kaeru.blogspot.fr/2016/11/la-fournis-poeme.html

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